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15 septembre 2010 3 15 /09 /septembre /2010 10:05

 

Si le Prince demeure soumis à l’autorité du Roi, de la Reine-Mère, ou de Dieu, le problème du ‘Petit Empereur’, c’est qu’il n’obéit qu’à son désir. Freud aurait sûrement été ravi d’accueillir des petits Chinois dans son cabinet. Mais quant à moi, je gage que le Dieu-désir n’est pas des meilleurs conseillers…

Rassurez-vous, je vous épargnerai mes digressions sur l’enfant-roi, car ne vivant que depuis deux ans en Chine, ce ne sont pas mes quelques discussions sur le sujet qui permettront d’en tirer une quelconque explication.

 

Voici donc la traduction d’un article de Li Luling, spécialiste de l'éducation, et membre du Centre de recherche chinois sur l'adolescence, pour qui l'enfant-roi, apparu dans un contexte socio-économique particulier, a disparu une fois que ce contexte a évolué. En somme, un pur produit de la société de consommation  ;-)

 

enfant-roi-2.jpg

 

 

 

 

La disparition des petits empereurs

La nouvelle éducation de la 2ème génération d’enfants uniques

Il n’aura pas fallu longtemps pour que l’expression Petit Empereur en vienne à qualifier l’ensemble des enfants chinois, si bien que même les étrangers utilisent cette expression dans leurs articles ou leurs débats sur les enfants chinois. Pourtant, vingt ans ont passé, et cette expression tombe déjà en désuétude, car en fait, les enfants d’aujourd’hui ne sont plus traités comme des petits empereurs. Pendant ces deux décennies, l’économie, la société et la culture chinoises ont connu des changements radicaux, faisant évoluer les environnements sociaux et familiaux  des enfants. Le chouchoutage sans limite est remplacé par de nouvelles méthodes d’éducation.

 

L’apparition du petit empereur

L’expression petit empereur a une connotation péjorative, et dès qu’on la prononce, les gens pensent directement à « chouchouter », « dans les jupons de sa mère », « égoïste », « paresseux et assisté »,  « capricieux et irresponsable », etc… Bien que nous ne puissions pas affirmer que tous les enfants étaient comme ça à l’époque, ce phénomène était tout de même général. L’apparition des petits empereurs est liée à des conditions socio-économiques et culturelles spécifiques. Ce phénomène est apparu vers la fin des années 80, époque de la première génération des enfants uniques. Ces enfants ont hérité de l’ensemble de l’attention et de l’amour que l’on portait auparavant à la fratrie. Et parallèlement, les fruits de la Réforme et de l’ouverture commençaient à se manifester, la croissance chinoise décollant en flèche, et avec elle les salaires et le pouvoir d’achat. Combinée à des facteurs culturels et d’éducation, la croissance est la principale cause de l’apparition massive de ce phénomène du Petit Empereur.

 

1. Le passage de la famille nombreuse à l’enfant unique est la principale cause de l’apparition du Petit Empereur. En 1979, le gouvernement chinois met en place la politique de l’enfant unique. Le système familial chinois évolue donc progressivement vers une famille à trois membres. Comme l’héritier unique est le centre de la famille, les parents reportent sur lui toute leur attention et leur amour ; une adoration démesurée et la satisfaction inconditionnelle des besoins apparaissent ; la protection excessive et la prise en charge intégrale deviennent naturelles et normales.

 

2.  Passer en un éclair d’une vie difficile à une relative aisance, une condition préalable à l’émergence du Petit Empereur. En même temps que la politique de contrôle des naissances, apparaît une politique majeure en Chine : la Réforme et l’ouverture. Le développement du pays et les conditions de vie des gens en ont été radicalement bouleversés. Mais malgré cette amélioration, les Chinois gardaient le souvenir des jours difficiles. Aussi, ils gâtèrent leurs enfants le plus possible, pour qu’ils puissent profiter pleinement de ces jours heureux. 

 

3.  Le retard en matière de culture et d’éducation. En général, le développement socioculturel et ses changements sont en retard par rapport au développement économique. Bien que le développement économique chinois à cette époque ait été ultra rapide, les fondements dans les domaines culturels étaient encore relativement faibles. La société et la famille ne pouvaient que satisfaire les besoins matériels de l’enfant, le niveau de culture des parents étant relativement peu élevé.

 

4. L’écart entre les couches sociales n’était pas important, la pression de la compétition était faible. C’est une cause fondamentale : à la Réforme et l’ouverture, les conditions de vie de la majorité des familles étaient sensiblement les mêmes. Le rythme de travail était plutôt lent. L’éducation n’était pas vue comme une priorité. Toutes ces conditions ont permis l’émergence des petits empereurs.

 

La disparition silencieuse des petits empereurs

Les choses ont changé, les petits empereurs d’hier ont grandi. Les enfants d’aujourd’hui sont la seconde génération d’enfants uniques, et ils n’ont pas hérité de ce surnom, qui par ailleurs tend à disparaître.

L’apparition des petits empereurs est liée à des conditions économiques et socioculturelles particulières, et leur disparition aujourd’hui est également liée au développement économique. Tout d’abord, l’émergence de l’économie de la connaissance a augmenté les exigences en matière de niveau d’éducation. Sans bagage scolaire, impossible de se faire une place dans la société actuelle. Avant, les titulaires d’un benke constituaient l’élite, mais aujourd’hui ce diplôme a perdu de sa valeur. Le niveau ne cesse d’augmenter, le Gaokao n’est plus qu’un pré-requis. Ensuite, avec le développement de l’économie de marché en Chine, la société est de plus en plus diversifiée, les écarts de salaires et les différences entre les couches sociales se creusent un peu plus chaque jour. La différence entre les couches sociales exacerbe la compétition, tout le monde veut grimper, et on pousse nos enfants à nous dépasser. Enfin, la Chine a une population nombreuse, et la compétition s’accentue dans de nombreux domaines. Tous ces facteurs font que les enfants entrent en compétition dès le plus jeune âge, et même s’ils ne le saisissent pas très bien, ce sont leurs parents qui s’occupent de gérer la pression de cette compétition.

 

Aujourd’hui, les enfants ont de moins en moins de temps à eux. Après les devoirs, il faut aller aux cours particuliers. En 2010, une étude réalisée dans dix villes montrait que les enfants de moins de 16 ans avaient en moyenne 2,1 cours particuliers par semaine. Parmi eux, les enfants de 4 à 6 ans détenaient le record, avec 2,79 cours par semaine. Les petits empereurs n’existent plus.

 

La nouvelle éducation de la 2ème génération d’enfants uniques.

Le développement de la société augmente les exigences qu’on attend des enfants, les parents issus de la première génération d’enfants uniques ont un niveau d’éducation plus élevé. Les enfants doivent donc se soumettre à un nouveau type d’éducation. 

 

1. Education précoce

 

Avec l’exacerbation de la compétition, l’investissement des parents dans l’éducation et l’importance qu’ils leur accordent n’a cessé d’augmenter, non seulement en termes de quantité et de contenu, mais également en termes de durée : l’éducation commence dans le ventre de la maman, mouvement préconisé par des commerçants cupides et des spécialistes de l’enfant.    

 

2. Diversification

 

Actuellement, apparaît une diversification de l’éducation, qui se manifeste dans les méthodes et les contenus de l’éducation.

Les méthodes d’éducation sont variées, il y a l’éducation familiale, l’éducation scolaire et les cours particuliers ou de soutien scolaire. Auparavant, l’éducation était dominée par l’école, les parents étaient plus ou moins impuissants, et leur rôle se limitait à pousser l’enfant. On peut considérer qu’il n’y avait pas d’éducation familiale. Aujourd’hui au contraire, les parents assument leur rôle d’éducateur. Tout d’abord, la société entière sait que les parents ont une influence énorme sur leur progéniture, qu’ils ont une importante fonction d’exemple. Deuxièmement, le niveau d’éducation des parents est plus élevé, ils ont tout au plus deux enfants, et peuvent donc jour un rôle plus grand dans l’éducation de leurs enfants. Troisièmement, l’éducation prodiguée par l’école est nécessaire mais pas suffisante, bien qu’elle commence à prendre en compte l’amélioration de la qualité des enfants. Quatrièmement, l’école se rapproche de plus en plus des parents, la collaboration entre la garderie et la famille étant déjà très répandue. Hormis les éducations familiale et scolaire, les cours extrascolaires jouent un rôle important, notamment dans les domaines artistiques et sportifs.

 

Le contenu de l’éducation est diversifié, et cela se manifeste principalement dans le développement des capacités intellectuelles, artistiques, la personnalité, la communication, etc… Les normes qui définissent un homme de talent augmentant, cela déteint nécessairement sur l’éducation. Il y a trente ans, le rêve d’un ingénieur était d’entrer chez IBM. A cette époque, pour IBM, un homme de talent, c’était un spécialiste, acharné de travail. Mais aujourd’hui, la définition de l’homme de talent a évolué, beaucoup d’entreprises le voient comme actif et volontaire, enthousiaste et passionné, vif et ayant confiance en soi. Dans leur éducation, les parents de la première génération attachent donc de plus en plus d’importance à l’art, la personnalité, etc… Et ils inscrivent donc leurs enfants à des cours particuliers, des classes d’éveil, ou encore de lecture.

 

3. Elitisme

 

L’écart entre les couches sociales aiguise l’esprit de compétition, et ceux qui réussissent attirent l’attention de tous et deviennent connus, ce qui exerce une pression sur les parents. Mais la première génération d’enfants uniques a grandi dans une époque durant laquelle on vénérait la consommation, et laissait libre cours aux personnalités. Devenant eux-mêmes parents aujourd’hui, ils cherchent l’excellence dans l’éducation de leurs enfants. Ils mettent l’accent sur l’amélioration des qualités de synthèse, de l’aptitude à la direction ainsi qu’à la communication et à la coordination. Les parents dépensent des sommes astronomiques pour inscrire leurs enfants dans les meilleures écoles, de la maternelle à l’université, ont recours à des professeurs particuliers aux tarifs exorbitants, et achètent des pianos de marque, etc.. 

 

Conclusion

Les hautes attentes des parents et de la société en matière d’éducation ont poussé à la diversification des compétences. Il s’agit d’une manifestation importante de l’évolution de la société chinoise. Parallèlement, l’industrie de l’éducation et de l’enfant s’est développée. Cependant, tout en donnant à l’enfant une bonne base de développement, il est nécessaire de réfléchir aux limites des enfants. Comme tout le monde sait, les enfants supportent déjà une forte pression, et même si les administrations scolaires plaident pour un allègement, depuis plusieurs années, cette pression s’accentue, et risque de diminuer la créativité et la motivation des élèves. Heureusement, de nombreux parents en ont déjà pris conscience, et rendent l’apprentissage plus ludique, et font apprendre leurs enfants tout en s’amusant.


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commentaires

Manu 27/09/2010 05:44



Au risque de répéter ce que d'autres ont pu dire, l'article est très juste. Les parents sont maintenant à la fois fiers et très inquiets pour leurs enfants. J'ai beaucoup de collègues qui ont de
jeunes enfants (les plus âgés ont 5/6 ans) et se démènent pour leur trouver la meilleure garderie ou bien celle qui leur permettra d'entrer dans la meilleure école primaire, etc. A cet âge-là
c'est déjà délirant...



Guillaume 28/09/2010 15:05



Vous vous rendez compte la pression quand même !


En gros : on te fait des cadeaux, tu es le roi, mais t'as intérêt à réussir, car le sort et l'honneur de ta famille reposent sur tes frêles épaules...


 


 



Sourcing Chine 17/09/2010 05:49



Oui effectivement aujourd'hui il est gate mais il doit egalement faire la fierte des parents, donc on le force a prendre des cours et devenir le meilleur dans plein de domaines. Malheureusement
cette generation est egalement la generation Mc do et il est pas rare de voir des jeunes enfant obeses comme des Americains car finalement il faut le gater le petit!



Guillaume 17/09/2010 10:54



De gâter à gaver, il n'y a qu'une lettre ;-)



Pierre 16/09/2010 11:12



Cet article est vraiment passionnant et il reflette en grande partie la réalité.


Néanmoins, je modulerai ses propos quand l'auteur dit que "l'enfant roi n'existe plus". Il se contre dit un peu puisqu'entre les lignes puisque on voit clairement que l'attention des parents est
toujours focalisé sur l'enfant et son obligation de réussite.


L'enfant roi, s'il n'est donc pas plus (moins) l'enfant gaté, il reste le centre de la famille, l'enfant qui reçoit tout.


Enfin, l'auteur met le doigt sur un point très sensible: le manque de créativité. Cela crée des masses sans reflexion. Dans un systeme de pensée unique, l'ecole est le premier lieu de
désinformation.


 



Guillaume 16/09/2010 12:52



Bonsoir Pierre,


Je me suis fait la même réflexion : l'enfant roi n'a pas disparu ! Mais apparemment, c'est une question de définition. Avant, il était gâté, et on ne lui demandait rien. Aujourd'hui, il est
toujours gâté, mais on attend tout de lui ! (je caricature un peu..)


Concernant le manque de créativité, on entre dans la sacro-sainte sphère politique... 


 


PS : j'ai aussi publié cette trad sur bonjourchine.com.
Tu pourras y lire les commentaires d'autres français.



Jill 15/09/2010 11:22



Un article très intéresant.


Il serait intéressant d'avoir la source de l'article.



Guillaume 15/09/2010 16:08



Bonsoir Jill,


Merci de me signaler cet oubli !


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